Présentation générale
Artiste plasticienne depuis 20 ans, je travaille exclusivement les techniques sur papier.
Mon travail se trouve actuellement dans 3 artothèques et 4 galeries
5 dessins font partie de la collection du Cabinet d’art graphique du centre Pompidou.
Dans ma pratique plastique j’expérimente les techniques sur papiers dans toutes leurs diversités. Le support est bien souvent un papier préparé ou réemployé qui garde la trace, la mémoire de travaux anciens.
Le travail que je vous propose emploie la gravure comme médium principal cependant, je m’éloigne de la technique et convoque les gestes du peintre, ce qui fait de chaque épreuve une pièce unique. Associé aux dessins, le texte est avant tout traité comme un signe plastique à part entière. Puis, vient le sens.
De ce fait, mon travail peut s’inscrire dans votre thématique de multiples manières:
De façon non littérale, le support du travail est une matière vivante qui évolue et conserve les traces d’anciens travaux, les traces des diverses manipulations, les souvenirs des outils sont inscrits dans le papier, ce qui permet un travail en constante évolution.
De façon plus narrative, certains sujets évoqués sont empreints de nostalgie, les textes peuvent entrer en résonance avec la thématique.
MICHELE MASCHERPA
Parcours de l'Art . Avignon. 2002
C'est en imaginant le futur que s'est engagé mon rapport au passé. De façon insidieuse s'est glissée en moi une impression furtive d'une modernité passée, comme si tout ce qui nous entourait était à la fois d'une modernité d'avant garde et d'un passé flamboyant.
J'ai choisi l'Italie car c'etait pour moi l'idée que je me faisais de cette flamboyance, de notre fascination à imaginer à comprendre ce qui n'est pas de notre temps, mais avec qu'elle facilité en même temps pouvons nous la faire notre, en y ajoutant, notre vision d'une "contemporaneité" imaginaire.
J'essaie de me faire à l'idée que tout est superposable dans le temps, à l'infini comme si ce temps, celui dans lequel nous sommes vivants, n'etait qu' UN et pouvait, à travers son " immédiateté" nous faire vivre au présent " l'autrefois" et le "demain".
michele Mascherpa
Galerie Sintitulo / 2014
Depuis longtemps je cherche de quoi est « fait » mon travail , et récemment est apparu discrètement dans un coin de mon esprit , un minuscule bout de fil, qui ne demandait qu’a être tiré, et qui petit à petit devrait peut être constituer une pelote , la pelote de mon vécu créatif.!
Lentement j’ai tiré le fil et m’est apparu la vision très nette, qu’au fur et à mesure de mes recherches plastiques, j’essayais de créer un autre…. « corps « , un double du mien , qui serait lui aussi fait de chair et d’esprit. Un corps totalement indépendant de mon corps physique, mais qui en serait comme un prolongement !
Le papier - , comme une autre « peau » - est crée-travaillé , pour vieillir, se colorer, se tanner, comme pour la peau de mon corps, le temps passe et une transparence apparait, et laisse à voir non pas son « intérieur » - comme le vrai corps- , mais le vide de l’espace qui l’entoure.!
L’outil devient la main, et la voix tout à la fois, et par le trait, il dit , il raconte, par le plein et le vide, il signifie ses silence et ses attentes, le rythme dit ses cris, la couleurs ou son absence même , dit la retenu de ses sentiments.!
Et ce corps qui n’est pas mien, raconte, mon quotidien et le fait sien et chaque minute de sa propre vie est consigné de façon plastique.!
Il dit le moi et pourtant il n’est pas moi, comme deux enfants nourris d’un même sein, il sait parfaitement ce que je suis, mais il l’exprime avec ses propres mots, comme une conversation immatérielle
Il me surprend - et je regarde parfois, ce que je fais - comme le « faire » de quelqu’un d’autre, les mots de quelqu’un d’autre, qui me ressemble mais qui SUR-vivrait mes propres émotions.!
Lentement j’ai tiré le fil et m’est apparu la vision très nette, qu’au fur et à mesure de mes recherches plastiques, j’essayais de créer un autre…. « corps « , un double du mien , qui serait lui aussi fait de chair et d’esprit. Un corps totalement indépendant de mon corps physique, mais qui en serait comme un prolongement !
Le papier - , comme une autre « peau » - est crée-travaillé , pour vieillir, se colorer, se tanner, comme pour la peau de mon corps, le temps passe et une transparence apparait, et laisse à voir non pas son « intérieur » - comme le vrai corps- , mais le vide de l’espace qui l’entoure.!
L’outil devient la main, et la voix tout à la fois, et par le trait, il dit , il raconte, par le plein et le vide, il signifie ses silence et ses attentes, le rythme dit ses cris, la couleurs ou son absence même , dit la retenu de ses sentiments.!
Et ce corps qui n’est pas mien, raconte, mon quotidien et le fait sien et chaque minute de sa propre vie est consigné de façon plastique.!
Il dit le moi et pourtant il n’est pas moi, comme deux enfants nourris d’un même sein, il sait parfaitement ce que je suis, mais il l’exprime avec ses propres mots, comme une conversation immatérielle
Il me surprend - et je regarde parfois, ce que je fais - comme le « faire » de quelqu’un d’autre, les mots de quelqu’un d’autre, qui me ressemble mais qui SUR-vivrait mes propres émotions.!
Comme une maternité/ autre - je ne crée pas du vivant je créer ma propre part d’éternité.
michele mascherpa
Galerie Sintitulo / 2012
Au départ je voulais écrire, c’était un rêve d’enfance.
J’ai passé du temps à gratter des pages de petits cahier précieux, longtemps ce fut mon principal moyen d’expression. Au travers le dessin, je raconte des histoires intimes de l’autre, de moi-même, sans freiner ma spontanéité par ce qui ne devenait plus pour moi, au temps de l’écriture, qu’un vaste exercice de style. Une sérénité retrouvée!
Le sens des mots, des phrases entières mais aussi parfois coupées dans l’espace pictural viennent de cette envie de conter. L’écriture, illisible, c’était aussi voulu. Même si elle raconte, elle n’est pas là pour être lu par d’autres, elle est là pour dire et être vue, sans être assimilable. Elle ne raconte pas elle est «plastique». Elle n’illustre pas elle est «formelle». C’est ce qui reste de l’acte d’écrire. Ne reculant devant rien pour que l’acte de raconter soit encore apparent de façon mentalisée. Il est là, il existe, il nourrit la créativité. L’élément pictural devient secondaire sans que son importance s’amoindrisse, mais il n’est plus qu’un prétexte, apparence, rarement a-t-il la signification qu’on lui attribue, en se faisant propre à celui qui regarde. Il ne dit rien, il est happé par le vécu de chacun. La plupart du temps je travaille sur papier normal ou Velin. C'est le médium privilégié parce qu’il me permet d'utiliser plus facilement tous ces effets de tache, de transparence, d'épaisseur, de vieillissement accéléré de la surface papier, tirer parti du jaunissement de l'huile de lin. Le travail sur papier évolue constamment avec le vieillissement du support et c'est cela qui m'intéresse.
michele mascherpa
Texte Nuit des Musées /2014
La thématique du projet est construite sur “la Pensée Archéologique”.
Lʼ Archéologie au sens pratique, avec sa référence aux niveaux terriens, mais aussi Archéologie de la pensée, avec ses niveaux dʼélévation spirituelle.
1ere partie de lʼintervention : dans le choeur
Cette première Intervention se situe dans le choeur de lʼéglise, qui se trouve ici transformé en “aquarium géant”, et ce d’une part grâce à une projection vidéo, et d’autre part avec la mise en place dʼune ambiance sonore adaptée. .
Ainsi le visiteur se trouve “ sous lʼeau ”, il est au “premier niveau” de notre construction archéologique, il est au niveau “originel “
Il y a une double lecture, car, l’eau est à la fois l’élément de l’origine de toute vie sur cette terre.
Mais aussi l’élément matriciel duquel nous sommes issus, en tant qu’être humain, notre vie débutant, de façon gestationnelle, dans le liquide amniotique.
2eme partie de lʼintervention : dans la tour
Chaque étage de celle-ci, est considéré comme un niveau à atteindre, Cette montée fait donc référence aux concepts énoncés ci-dessous :
- lʼélévation spirituelle (église - lieu de prière)
- l'air - symbole de la pensée
- la naissance - accession à lʼair libre
Le visiteur monte dans la tour pour gravir, donc, ces différentes étapes qui le séparent d’un niveau de conscience supérieure
Les différentes couleurs installées à chacun des étages/étapes symbolisent la notion de parcours dans la verticalité de l’espace de la tour.
Pour ce faire, vous retrouverez l’immatérialité lumineuse, par étage/étape matérialisée par la lumière/couleur
- Niveau du sol – la lumière Bleue – dans le continuum de lʼéglise, milieu aquatique.
- 1er étage/étape – la lumière Verte symbolise le règne végétal
- 2 eme étage/étape – la lumière Jaune symbolise lʼair
- 3eme étage/étape – la lumière Orange symbolise lʼair/ soleil
- 4eme étage/étape – la lumière Rouge symbolise lʼair/fin de la lumièr
- dernier étage/sortie à lʼair libre / LE Noir / la nuit!
En conclusion, la construction de lʼintervention repose sur deux symboliques, la Croyance, et lʼHistoire. Car cʼest aussi la fonction du site – ancien lieu de culte attenant au musée archéologique cohabitant côte à côte.
Les différents étages/étapes font référence à lʼélévation, mais aussi aux différents niveaux archéologiques réels sur lesquels repose lʼéglise actuelle, comme un périple à lʼenvers en partant de la Crypte pour remonter vers l’ église médiévale sous le niveau du choeur/coeur
michele mascherpa
Les Maitres / Pole culturel Chabran / 2016
Pour cette exposition sur "les Maîtres" , Michele Mascherpa convoque la notion d'emprunt, déjà au coeur de ses préoccupations plastiques.
Ce travail s'articule autour de deux pratiques différentes.
Soit, elle emprunte à l'histoire des arts des personnages utilisés comme des motifs qu'elle isole de leur contexte en les découpant, les prélevant,
dans des supports de diffusion variés ( magasines, livres, journaux...) et elle les colle sur ses feuilles préparées.
Soit elle intervient directement sur des reproductions intégrales d'oeuvres.
Dans les deux cas, en s'appropriant totalement ces "références" elle évacue toute influence en ce qui concerne le sens premier des oeuvres.
En ce qui concerne l'emprunt, le collage du motif sur des feuilles préparées à l'huile est effectué avec du scotch, matériau qui permet à la zone
recouverte d'être préservée du passage du temps alors que la feuille, elle, vieillit, altérée par la préparation. Ce vieillissement « à l’oeuvre » dans le
temps est une interrogation sur la pérennité des oeuvres.
L'intervention sur les reproductions d'oeuvres est, elle, effectuée à la craie grasse. Ce procédé agit à l'inverse du découpage, ici les éléments sont
isolés car leur contexte est recouvert, nié, ce qui contribue à la re-création de l'espace dans l'oeuvre.
Dans les deux cas elle crée un nouveau contexte à ces « prélèvements », ces emprunts, très référencés, interrogeant l'histoire des arts dans un
esprit , parfois irrévérencieux.
Un troisième travail est, quand à lui, un clin d'oeil humoristique, sous forme de jeu ( questions posées, avec réponses cochées ) aux artistes. Une
sorte d'échange par le biais d'éléments iconiques, empruntés au vocabulaire de chaque artiste mis en jeu.
L'élément commun à tout ces travaux est l'écriture, qui parfois est lisible, compréhensible et parfois est à lire comme un élément graphique à part
entière.
Deffrenne Mh.
Le jeu de l’enfance ( collection de jouets du musée des ATP)
Résidence d’artiste au sein de la Chapelle du Bon Pasteur, Draguignan,
du 16 au 26 août 2016.
“L’art est devenu contemporain en nous parlant de notre vie de tous les jours”
Catherine Millet, in L’art contemporain en France, 1987
Le choix de ce lieu de travail repose sur la perception que j’en ai eu lors d’une visite avec les responsables de l’artothèque .
La Chapelle du Bon Pasteur , de part le fait quelle est accolée au Musée des ATP et de plus fermée au publique, me semblait adaptée à la volonté qui était la mienne à ce moment là de me confronter aux objets choisis (les jouets du musée des ATP) dans un cadre qui permettait un isolement propice à la réflexion.
Les jouets sortis des réserves du Musée, possède une forte charge émotionnelle, historique et culturelle. Il s’inscrit dans l’histoire individuelle de chacun d’entre nous mais aussi dans l’histoire patrimoniale.
Je me suis donc évertuée à sortir chaque jouet de son contexte, le traitant non plus comme seulement un jouet mais plutôt comme un objet dissocié de son histoire propre et de sa seule fonction, me permettant alors une ré-appropriation fertile, attachée ou non à l’enfance, dépassant son histoire propre pour faire de celui-ci le support d’une réflexion plus ouverte, plus personnelle et contemporaine.
Le constat d’état de chacun des jouets/ objets appréhende la notion de conservation d’une collection, ici il permet d’établir avec précision l’état du jouet qui entre dans la collection du musée des ATP.
Cet objet usé par le temps et les diverses manipulations, à subit un processus de vieillissement qui m’a vivement intéressée car il est au coeur même de ma démarche de plasticienne depuis des années. Le papier, mon support de travail exclusif est préparé de telle manière que le temps y inscrit sa marque, il vieillit, à l’instar de ce qui s’est passé pour ces jouets.
D’ou l’intérêt évident et ma volonté de réfléchir aussi , par ce travail, au lien subtil du changement , de la modification constante du sujet/objet/dessin/support dans le temps.
« jeu » de l’enfance est devenu au cours de cette expérience de résidence le « je » de l’enfance , ou comment le temps nous entraine dans le « faire-soi » à travers la re-appropriation des sujets de création. Je suis devenu le jouet et le jouet est devenu une prolongation de ma réflexion plastique , faisant oublier finalement ce pourquoi il était la , ce qu’il était , ce qu’il avait été avant l’acte créatif, pour ne faire plus qu’un avec le dessin/ image.
Michèle MASCHERPA
MEMOIRES . centre culturel de st Raphael. Nov 2018
Le fonctionnement mémorielle est un processus complexe qui peut être étendu à la démarche artistique de Michele Mascherpa
Dans son travail plastique la matière conserve une mémoire, le support papier Ce dernier est une matière vivante qui de façon expérimentale recueille et conserve les traces d’anciens travaux La technique de préparation de celui ci, le réemploi permet un travail en perpétuelle évolution.
On pense toujours à la prééminence du geste artistique mais on oublie lʼinfluence de la matière, ici, quelques autres médiums laissent une trace , une empreinte, entre rémanence et réminiscence, résonances, nuances, ricochets.
Le geste plastique de Michele Mascherpa est spontané , sans repentir, cependant il est le fruit d’ une longue maturation, le support se charge dʼéléments graphiques et de collages . Les dessins et les textes sʼy inscrivent en profondeur. Le temps est à lʼoeuvre dans chaque pièce qui évolue, et restitue ou avale ce qui y a été accueilli au moment de la réalisation.
deffrenne mh.
Galerie Le Cabinet d'amateur- PARIS- Fevrier 2018
Michèle MASCHERPA dessine comme elle écrit, écrit comme elle dessine.
Son écriture devient plastique et prend une place considérable dans son travail;
Elle pratique l'allusion, la figure de rhétorique consistant à dire une chose avec l'intention d'en faire entendre une autre. Elle revient à l'essence même de l'écriture comme geste, le mot est parfois lisible, compréhensible et parfois il devient un élément graphique à part entière.
Ses dessins sont réalisés de manière très spontanée sur un papier préparé de longue date, qui mature tel un épiderme et se charge d’éléments graphiques et de collages. Les dessins et les textes s’y inscrivent en profondeur. Le temps est à l’oeuvre dans chaque pièce, qui évolue, restitue ou avale ce qui y a été accueilli au moment de la réalisation.
Le mot gravure viendrait soit du grec graphein -écrire- soit plutôt, de l'allemand graben – creuser,
Cette technique s’est donc imposée à Michèle MASCHERPA, elle lui permet un travail en profondeur en plusieurs étapes. Le moment de l’encrage est essentiel dans son processus de création, éloigné de la technique pure, elle renoue avec les gestes du peintre, ce qui fait de chaque épreuve une pièce unique.
deffrenne mh.
Texte pour Les rencontres d'aubergines . 2019
Artiste plasticienne depuis 20 ans, je travaille exclusivement les techniques sur papier. Mon travail se trouve actuellement dans 3 artothèques et 4 galeries et 5 dessins font partie de la collection du Cabinet d’art graphique du centre Pompidou.
Dans ma pratique plastique j’expérimente les techniques sur papiers dans toutes leurs diversités. Le support est bien souvent un papier préparé ou réemployé qui garde la trace, la mémoire de travaux anciens.
Le travail que je vous propose emploie la gravure comme médium principal cependant, je m’éloigne de la technique et convoque les gestes du peintre, ce qui fait de chaque épreuve une pièce unique. Associé aux dessins, le texte est avant tout traité comme un signe plastique à part entière. Puis, vient le sens. De ce fait, mon travail peut s’inscrire dans votre thématique de multiples manières:
De façon non littérale, le support du travail est une matière vivante qui évolue et conserve les traces d’anciens travaux, les traces des diverses manipulations, les souvenirs des outils sont inscrits dans le papier, ce qui permet un travail en constante évolution.
De façon plus narrative, certains sujets évoqués sont empreints de nostalgie, les textes peuvent entrer en résonance avec la thématique.
deffrenne mh.
Texte pour Biennale de gentilly - 2020 -
Cette série à été réalisée pendant la période de confinement .
Ce sont des maison en cartons qui sont conçues, au départ, pour être des décorations de Noël manufacturées, présentées à plat et à monter.
Le support ne se prêtait pas à la gravure, mais c’est justement la raison pour laquelle je l’ai choisi. Le fait de travailler sur un support non approprié montre l’urgence et le fait de devoir s’adapter à l’éloignement de l’atelier et à l’absence de matériel nécessaire à la création.
La symbolique de la maison s’offrait à moi comme une évidence; l’image du confinement .
Les éléments gravés sont «posés » sur la surface cartonnée comme pour être à la fois l’expression de l’extérieur ET de l’intérieur. Comme le tatouage sur la peau est à la fois un éléments visible, que l’on regarde mais aussi un élément personnel et intime .
Les maisons sont présentées sous cloche (voir image , la cloche protège de différentes façons;
-de façon symbolique; la maison et ses occupants, elle isole de l’air ambiant, elle confine doublement ses occupants.
-de façon fonctionnelle; l’objet artistique fragile est protégé, le support étant peu adapté l’encre tient très mal sur le carton, donc on isole l’objet du toucher.
J’aime bien cette double expression de la fragilité, à fois de l’objet et virtuellement de la vie.
Les sujets de gravure n’ont pas été choisis au hasard, ils évoquent symboliquement; la mort, la peur, l’esprit, le sensible, la prière (évacuée de son sens religieux), le vivant, la pensée , l’isolement, etc ….
La série ne comporte que 11 maisons, c’est le nombre de maisons cartonnées à monter, qu’il restait dans l’emballage lorsque je l’ai trouvé. Je n’ai pas cherché et ne chercherais pas à retrouver cet article pour en faire d’autres. La série n’existe que parce qu’elle est attachée dans le temps à une période précise, dont je considère qu’elle a un début et une fin.
mascherpa michele
Texte pour l'exposition No Prohibida! . Galerie N5 Montpellier. 2020
L’idée de travailler sur la sexualité m’a tout de suite séduite .! Je voulais y contribuer d’une façon qui me ressemble le plus … qui ne ressemble pas à ma sexualité , mais qui correspond à l’idée que j’ai de traiter de façon plastique certains sujets !
L’idée des enveloppes est née il y a déjà de cela une vingtaine d’année , depuis je n’en avait plus réalisé. Le thème de No Prohibida , semblait idéal pour ré-exploiter ce concept plastique.!
Chaque enveloppe contient un dessin dont le thème est la sexualité , mais là aussi dès le départ une sexualité «"cachée"» , la lutte , comme mode d’échanges sensuels, me semblait répondre à la notion fantasmée du rapprochement des corps !
L’enveloppe est exposée fermée , car pourquoi irait on exposer au vues de tous une relation physique déguisée.
Chacun pourra découvrir la «"position"» de lutte/kamasutra sur le timbre.
La version avec mon intervention plastique, ne pourra être découverte qu’a l’ouverture de l’enveloppe.!
J’ai créer à la main chaque timbre, (dent par dent au cutter) , afin de pouvoir 1) y apposer les lutteurs 2) pour pouvoir y Apposer mes mots !
Heureusement chaque enveloppe est arrivée à destination ( mais en perdre une au passage ne me/ nous faisait pas peur , il fallait jouer le jeu du secret jusqu’au bout )
Chaque enveloppe a été postée à chaque fois un jeudi , à 11h, de toujours la même boite aux lettres , comme on pourrait imaginer une rencontre amoureuse , ou un rituel complice d’envoi d’une lettre d’amour
La Poste se trouve donc, de fait , être , bien malgré elle , mécéne de mon travail pour cette exposition et je l’ en remercie
michele mascherpa
texte pour l'exposition "camus et moi" . Pole Chabran . Draguignan. Avril 2022
"Quand dire c'est faire" J.L Austin
Par ce besoin prégnant de dire, de te dire , dans un acte quotidien qui résonnerait comme un épisode cathartique, le travail créatif n’est plus simplement illustratif ou descriptif, les mots de l’oeuvre deviennent créateurs d’eux même . Tous est façonné ici comme une conversation à l’autre, elle le fait exister et elle rend visible le sens de chaque chose.
Dire l’amour c’est aimer
C’est cet " esthétique relationnel" qui trouble les limites de celle de celui qui regarde , une relation privilégiée s’établit par l’oeuvre
L’important ce n’est pas ce que l’on lit , ce que l’on voit, c’est ce qui se joue entre deux êtres .
La présence fait écho à l’absence à travers le dessin, avec l’espoir constant de rester en vie .
Les sentiments voyagent dans un univers qui est lisible et visible par tous mais dont l’évidence n’appartient qu’a nous.
"Je sais que je suis lié toi par le lien le plus fort qui est celui de la vie"
Albert Camus à Marias Casares , lettre 102 du 14/12/1949
Michèle Mascherpa
11 pour Trembler - Rencontres d’aubergine/ Festival du Polar
Du 11/11 au 11/12 Fort Philippe Le Bel - Villeneuve les Avignon
Le noir c’est ce que je vois derrière mes paupières lorsque je me tiens les yeux fermés
Le noir c’est l’oubli , c’est être éloignée de tout , c’est le vide, c’est avoir peur de mourir .
Les fleurs et le frémissement des pétales
C’est un souffle sur la peau.
Le corps qui respire à peine et qui tremble.
La fleur et son effacement , l’ espace de vie dans lequel on ne se reconnaît plus , la disparition ….. tout doucement .
Les phrases ( tirées des évangiles )
C’est se rendre compte que croire est souvent bien plus violent que de ne croire en rien .
C’est une menace qu’on vous susurre à l’oreille .
C’est vivre dans la crainte de ce que sera demain
TREMBLER
Michèle Mascherpa
REVUE POESIES PLASTIQUES. Avril 2024. N°11
Le Haïku Book, de la plasticienne Michèle MASCHERPA, se propose de créer une transposition plastique de l’art poétique du Haïku. Elle conçoit ce projet comme un modèle formel, qui repose sur une extrême économie de moyens:
« Un haïku (俳句, haiku) est un poème d'origine japonaise extrêmement bref, célébrant l'évanescence des choses et les sensations qu'elle suscite. Au lieu d’écrire un haïku je vais tenter de le dessiner . Un par page. À travers ce Haïku Book , les dessins ont en commun avec les haïkus écrits l’extrême simplicité de la forme, l’attention toute particulière portée au réel, la perception poussée à l’extrême des fragments d’éveil, de ce que Roland Barthes nommait « des balafres légères traces dans le temps ».
Le dessin se réalise alors sur le mode de la ténuité, combinant des gestes graphiques discrets (traces, dilutions, empâtements, etc.) et une écriture manuscrite, fine et nerveuse, qui s’inscrit sur un papier texturé de fibres végétales. Un peu comme si la chimie du dessin opérait une condensation, ou une précipitation, pour restituer une atmosphère.
Ici, le dessin est pensé comme l’interprétation visuelle d’une expérience spirituelle.
Réduit à sa plus simple expression, l’exercice du dessin devient vision.
C’est ce que Michèle MASCHERPA résume par un « éloge du rien » :
« Éloge de rien C’est une forme d’hyper conscience, qui semble être accompagnée de la plus vive sensation de la non-différence entre soi et le monde extérieur, entre l’esprit et son contenu - les divers sons, les diverses couleurs , les diverses odeurs et autres impressions de l’environnement alentour. Cette « sensation » semble naître d’elle même , elle vient juste lorsqu’on est assis en train d’attendre , de penser sans la moindre intention à l’esprit, y compris l’intention de se débarrasser de tout intention. »
Par exemple, la première double page montre le texte: « je me souviens de/l’odeur de ta chair ».
À l’idée du souvenir (« je me souviens ») est associé, sur la page de gauche, une tache de couleur crème, diluée ou imprégnée dans le papier, parcourue de quelques traces en relief, qui ressemblent à un embossage. La dilution et l’imprégnation de la couleur, quasi transparente, peut évoquer, au choix, l’imprégnation ou l’effacement du souvenir. Tandis que les formes en relief pourraient suggérer l’affleurement des souvenirs, à la surface de la conscience.
Par opposition, sur la page de droite, le texte « l’odeur de ta chair » est associé à une tache de couleur brun, mélangée à du blanc, dont l’empâtement semble matérialiser la densité tactile, l’épaisseur de la chair. La pauvreté apparente des moyens mis en oeuvre, débouche, contre toute attente, sur une grande sensualité. Le dessin qui, à première vue, semble quasi inexistant, offre une palette de sensations diversifiées, héritées de l’expérience de la peinture.
Michèle MASCHERPA nous propose un subtil dessin pictural, qui traduit les émotions du poème.
Il convient d’observer que c’est la présence du texte qui rend possible les associations d’idées poétiques, que nous projetons dans les dessins.
Autrement dit, ce sont les mots qui font naître les images.
Et c’est l’économie de moyens qui nous conduit à focaliser sur la matérialité du support, et la subtilité des gestes graphiques.
Cette sensualité graphique s’accompagne d’une singulière expérience de l’espace.
Les traces graphiques et les mots semblent isolés dans l’espace de chaque page, comme s’ils flottaient dans le vide. Mais ce vide est traversé par le filigrane de fibres végétales, qui forment des lignes multidirectionnelles, comme agitées d’un mouvement ondulatoire. C’est un vide rempli d’énergie. De plus, Michèle MASCHERPA conçoit chaque double page comme un diptyque, où le pli central intervient comme une « césure »:
« LA CÉSURE ». Sur le plan de la construction, tout haïku comporte normalement « une césure ». Cette « césure » est considérée comme une « rupture », elle ouvre un espace, suggère une pause … un vide qui, par la tension qu’il instaure, par les interactions qu’il suscite engendre une « transformation » du regard. Ce qui est séparé entre en résonance. Ici le césure est matérialisée par l’entre deux page .« Dans l’intervalle de vide affleurent les correspondances cachées ». BASHO, l’ Art du Haïku. »
Autrement dit, le dispositif de présentation (vide, division de l’espace) opère une transmutation plastique de la prosodie du Haïku.
Michèle MASCHERPA développe ainsi une étonnante correspondance entre dessin et écriture poétique.
Elle prolonge son questionnement sur le diptyque et de la double page, dans la série des gravures Sans Titre, de 2023-2024.
Dans cette série de gravures, l’artiste associe le texte et l’image, sur des papiers préparés, qui sont coupés en deux –pas forcément par le milieu- et qui sont rassemblés par des morceaux de ruban adhésif.
Michèle MASCHERPA éclaire les raisons de ce dispositif:
« Pour ceux qui demandent pourquoi depuis quelques mois mes feuilles sont coupées en deux et tenues par un scotch orange ou jaune.
En réalité il n’y a jamais de hasard dans mes recherches. Et là c’est juste une forme de représentation métaphorique de la fragilité du lien ( amoureux, amical, familial, etc.). Le scotch est fin et très peu collant, il tient les feuilles entre elles pour ne faire qu’une seule (feuille) tant qu’elles sont maniées avec attention…
Trop brutalement manipulées le scotch ne tiendrait plus les deux parties de la feuille ensemble, côte à côte, ce serait la séparation du sujet dans son entièreté.
Je pense qu’à ce stade de l’explication, il est inutile de vous expliquer le lien avec le réel. » Michèle MASCHERPA.
La section d’une feuille ou d’un pétale de fleur, ou encore la découpe du halo rouge sang d’un coeur palpitant, peut facilement être associé à une blessure affective. L’ offrande amoureuse (le bouquet) coupée, blessée, ou le coeur arraché, sont des symboles aisément décodables.
Cet effet est renforcé par le texte qui prend volontiers un ton mélancolique: « peut-être que je suis née triste », « ne pars pas », etc.
Cependant, la surface de papier, tachée et découpée, est également parcourue de petits signes visuels, qui enrichissent le message d’une dimension polysémique.
Les petits « + » disséminés sur le papier, parfois accompagnés du signe « = », peuvent évoquer, à la fois, une addition (se joindre à quelqu’un d’autre), un excès (« ne pars pas trop loin »), ou le passage du temps (« ne pars pas trop longtemps »). Le temps qui passe est également évoqué par des adverbes de temps: « aujourd’hui », « demain »; par les dates entourées et imprimées à l’envers (2023, 2024). La fuite du temps est aussi suggérée par le traitement du papier, taché, jauni, embossé, et incisé. Par ailleurs, le mot barré (Friday), raturé, ou recouvert de peinture (maintenant), prend alors un sens figuré. Il peut représenter le ratage, l’échec (amoureux, amical, etc.) ou le regret.
Dans ces oeuvres, chaque mot, comme chaque signe visuel, prend un rôle iconique.
Là encore, le texte fait image.
C’est toute la magie de l’Art de Michèle MASCHERPA.
Frederic Chauvreau
Professeur agrégé en arts plastiques
Revue Poésie Plastique N°11
REVUE POESIES PLASTIQUES. Avril 2024. N°12
Dans la série intitulée Ecorché, Michèle MASCHERPA reproduit la coupe anatomique d’une figure de profil, qui subit de multiples interventions graphiques et typographiques.
L’écriture, qui mord sur la figure, ou qui est inscrite de part et d’autre, joue avec l’idée de traversée. En effet, le corps, vu en transparence, semble traversé par les mots.
L’écriture est, littéralement, incorporée.
Cet effet d’incorporation est renforcé par le champ lexical des noms: « coeur », ou des locutions: « à l’intérieur », « en moi », « inside ».
Associées à « coeur », ces locutions prennent une résonance sentimentale. Ainsi, l’intérieur organique rejoint l’intériorité affective, psychologique.
Comme un jeu de vision intérieure qui saurait scanner nos émotions internes, jusqu’à l’intérieur de nos organes.
Cet aspect organique est renforcé par le contraste entre les lignes délicate de l’écorché, et les multiples traces picturales (à l’encre ou la peinture) qui viennent entacher la figure: empreintes, frottis, empâtement, etc ..
Notons que la figure de l’écorché est gravée, reproduite à l’identique, tandis que les interventions picturales semblent faites à la main, et qu’elles changent à chaque gravure. Comme s’il s’agit toujours du même corps, mais altéré, attaqué par de multiples opérations, inscrites dans la durée, au fil du temps.
Et ces opérations renvoient aux sensations suggérées par le texte: douleur (« morsures », « mords moi », « burning »), fuite du temps (« tout se passe(ra) », « je sens le temps passer »), ou désir (« eros »).
Les gravures de Michèle MASCHERPA dessinent alors un corps affectif, un organisme émotionnel.
La série Bleu de Michèle MASCHERPA montre un curieux dialogue entre deux figures, a priori, identiques. Pourtant, sur ces figures identiques, reproduites par embossage, vont s’inscrire toute une série de variations : signes graphiques, passages de couleur, etc.
Notons qu’au départ, un seul est bleu, et que la couleur recouvre progressivement les deux personnages.
Ce recouvrement s’accompagne de divers motifs graphiques qui peuvent évoquer un autre passage du temps, plus atmosphérique, ou météorologique : des lignes ondulées qui évoquent l’eau qui coule, des motifs circulaires, qui font penser à de la neige ou des gouttes d’eau, ou des chiffres alignés verticalement, qui rappellent des gouttes de pluie.
Du coup, la série se met à ressembler à une séquence, un peu comme une bande dessinée, c’est-à-dire une suite d’image qui montre le passage du temps.
Le Bleu, qui donne son titre à la série, suggère, à la fois, la douleur (le bleu des ecchymoses et hématomes) et le flux (le bleu de l’eau qui coule, qui se répand).
Comme une douleur associée au passage du temps.
Ainsi, les textes de la série s’organisent autour de cette tension – ce dialogue – entre la perte: « le reste je te le laisse », « prendre laisser »; la fuite du temps: « est-ce que le temps passe vite pour toi ? », « aujourd’hui, hier, demain »; et le désir: « est-ce que tu penses à moi parfois? », « approche toi je t’en prie »,« je veux sentir ton corps ».
Le temps apparaît aussi à travers l’inscription de chiffres: ligne graduée et numérotée, nombres face à face (deux âges ?) : « 39 » vs « 37 »; « 48 » vs « 47 », ou une date (un repère ?): « deux mille vingt et un ».
Le temps apparaît aussi comme un effacement ou un ratage, qui ne laisse qu’un souvenir.
Par exemple, l’oeuvre où s’inscrit: « hier aujourd’hui demain » est suivie d’une autre où les mots sont barrés, raturés, ne laissant apparaître que: « hier ».
Le temps auquel se réfère ces oeuvres est donc un temps du passé, des souvenirs et d’un désir lancinant (répétition de: « je veux sentir ton corps »).
Dans les oeuvres de Michèle MASCHERPA, une remarquable économie de moyens (figures répétées, biffures, etc.) suffit à suggérer un récit doux amer, au ton un peu mélancolique, empreinte d’une grande poésie.
Frederic Chauvreau
Professeur agrégé en arts plastiques
Revue Poésie Plastique N°12
Ce travail s'articule autour de deux pratiques différentes.
Soit, elle emprunte à l'histoire des arts des personnages utilisés comme des motifs qu'elle isole de leur contexte en les découpant, les prélevant,
dans des supports de diffusion variés ( magasines, livres, journaux...) et elle les colle sur ses feuilles préparées.
Soit elle intervient directement sur des reproductions intégrales d'oeuvres.
Dans les deux cas, en s'appropriant totalement ces "références" elle évacue toute influence en ce qui concerne le sens premier des oeuvres.
En ce qui concerne l'emprunt, le collage du motif sur des feuilles préparées à l'huile est effectué avec du scotch, matériau qui permet à la zone
recouverte d'être préservée du passage du temps alors que la feuille, elle, vieillit, altérée par la préparation. Ce vieillissement « à l’oeuvre » dans le
temps est une interrogation sur la pérennité des oeuvres.
L'intervention sur les reproductions d'oeuvres est, elle, effectuée à la craie grasse. Ce procédé agit à l'inverse du découpage, ici les éléments sont
isolés car leur contexte est recouvert, nié, ce qui contribue à la re-création de l'espace dans l'oeuvre.
Dans les deux cas elle crée un nouveau contexte à ces « prélèvements », ces emprunts, très référencés, interrogeant l'histoire des arts dans un
esprit , parfois irrévérencieux.
Un troisième travail est, quand à lui, un clin d'oeil humoristique, sous forme de jeu ( questions posées, avec réponses cochées ) aux artistes. Une
sorte d'échange par le biais d'éléments iconiques, empruntés au vocabulaire de chaque artiste mis en jeu.
L'élément commun à tout ces travaux est l'écriture, qui parfois est lisible, compréhensible et parfois est à lire comme un élément graphique à part
entière.
Deffrenne Mh.
Le jeu de l’enfance ( collection de jouets du musée des ATP)
Résidence d’artiste au sein de la Chapelle du Bon Pasteur, Draguignan,
du 16 au 26 août 2016.
“L’art est devenu contemporain en nous parlant de notre vie de tous les jours”
Catherine Millet, in L’art contemporain en France, 1987
Le choix de ce lieu de travail repose sur la perception que j’en ai eu lors d’une visite avec les responsables de l’artothèque .
La Chapelle du Bon Pasteur , de part le fait quelle est accolée au Musée des ATP et de plus fermée au publique, me semblait adaptée à la volonté qui était la mienne à ce moment là de me confronter aux objets choisis (les jouets du musée des ATP) dans un cadre qui permettait un isolement propice à la réflexion.
Les jouets sortis des réserves du Musée, possède une forte charge émotionnelle, historique et culturelle. Il s’inscrit dans l’histoire individuelle de chacun d’entre nous mais aussi dans l’histoire patrimoniale.
Je me suis donc évertuée à sortir chaque jouet de son contexte, le traitant non plus comme seulement un jouet mais plutôt comme un objet dissocié de son histoire propre et de sa seule fonction, me permettant alors une ré-appropriation fertile, attachée ou non à l’enfance, dépassant son histoire propre pour faire de celui-ci le support d’une réflexion plus ouverte, plus personnelle et contemporaine.
Le constat d’état de chacun des jouets/ objets appréhende la notion de conservation d’une collection, ici il permet d’établir avec précision l’état du jouet qui entre dans la collection du musée des ATP.
Cet objet usé par le temps et les diverses manipulations, à subit un processus de vieillissement qui m’a vivement intéressée car il est au coeur même de ma démarche de plasticienne depuis des années. Le papier, mon support de travail exclusif est préparé de telle manière que le temps y inscrit sa marque, il vieillit, à l’instar de ce qui s’est passé pour ces jouets.
D’ou l’intérêt évident et ma volonté de réfléchir aussi , par ce travail, au lien subtil du changement , de la modification constante du sujet/objet/dessin/support dans le temps.
« jeu » de l’enfance est devenu au cours de cette expérience de résidence le « je » de l’enfance , ou comment le temps nous entraine dans le « faire-soi » à travers la re-appropriation des sujets de création. Je suis devenu le jouet et le jouet est devenu une prolongation de ma réflexion plastique , faisant oublier finalement ce pourquoi il était la , ce qu’il était , ce qu’il avait été avant l’acte créatif, pour ne faire plus qu’un avec le dessin/ image.
Michèle MASCHERPA
MEMOIRES . centre culturel de st Raphael. Nov 2018
Le fonctionnement mémorielle est un processus complexe qui peut être étendu à la démarche artistique de Michele Mascherpa
Dans son travail plastique la matière conserve une mémoire, le support papier Ce dernier est une matière vivante qui de façon expérimentale recueille et conserve les traces d’anciens travaux La technique de préparation de celui ci, le réemploi permet un travail en perpétuelle évolution.
On pense toujours à la prééminence du geste artistique mais on oublie lʼinfluence de la matière, ici, quelques autres médiums laissent une trace , une empreinte, entre rémanence et réminiscence, résonances, nuances, ricochets.
Le geste plastique de Michele Mascherpa est spontané , sans repentir, cependant il est le fruit d’ une longue maturation, le support se charge dʼéléments graphiques et de collages . Les dessins et les textes sʼy inscrivent en profondeur. Le temps est à lʼoeuvre dans chaque pièce qui évolue, et restitue ou avale ce qui y a été accueilli au moment de la réalisation.
deffrenne mh.
Galerie Le Cabinet d'amateur- PARIS- Fevrier 2018
Michèle MASCHERPA dessine comme elle écrit, écrit comme elle dessine.
Son écriture devient plastique et prend une place considérable dans son travail;
Elle pratique l'allusion, la figure de rhétorique consistant à dire une chose avec l'intention d'en faire entendre une autre. Elle revient à l'essence même de l'écriture comme geste, le mot est parfois lisible, compréhensible et parfois il devient un élément graphique à part entière.
Ses dessins sont réalisés de manière très spontanée sur un papier préparé de longue date, qui mature tel un épiderme et se charge d’éléments graphiques et de collages. Les dessins et les textes s’y inscrivent en profondeur. Le temps est à l’oeuvre dans chaque pièce, qui évolue, restitue ou avale ce qui y a été accueilli au moment de la réalisation.
Le mot gravure viendrait soit du grec graphein -écrire- soit plutôt, de l'allemand graben – creuser,
Cette technique s’est donc imposée à Michèle MASCHERPA, elle lui permet un travail en profondeur en plusieurs étapes. Le moment de l’encrage est essentiel dans son processus de création, éloigné de la technique pure, elle renoue avec les gestes du peintre, ce qui fait de chaque épreuve une pièce unique.
deffrenne mh.
Texte pour Les rencontres d'aubergines . 2019
Artiste plasticienne depuis 20 ans, je travaille exclusivement les techniques sur papier. Mon travail se trouve actuellement dans 3 artothèques et 4 galeries et 5 dessins font partie de la collection du Cabinet d’art graphique du centre Pompidou.
Dans ma pratique plastique j’expérimente les techniques sur papiers dans toutes leurs diversités. Le support est bien souvent un papier préparé ou réemployé qui garde la trace, la mémoire de travaux anciens.
Le travail que je vous propose emploie la gravure comme médium principal cependant, je m’éloigne de la technique et convoque les gestes du peintre, ce qui fait de chaque épreuve une pièce unique. Associé aux dessins, le texte est avant tout traité comme un signe plastique à part entière. Puis, vient le sens. De ce fait, mon travail peut s’inscrire dans votre thématique de multiples manières:
De façon non littérale, le support du travail est une matière vivante qui évolue et conserve les traces d’anciens travaux, les traces des diverses manipulations, les souvenirs des outils sont inscrits dans le papier, ce qui permet un travail en constante évolution.
De façon plus narrative, certains sujets évoqués sont empreints de nostalgie, les textes peuvent entrer en résonance avec la thématique.
deffrenne mh.
Texte pour Biennale de gentilly - 2020 -
Cette série à été réalisée pendant la période de confinement .
Ce sont des maison en cartons qui sont conçues, au départ, pour être des décorations de Noël manufacturées, présentées à plat et à monter.
Le support ne se prêtait pas à la gravure, mais c’est justement la raison pour laquelle je l’ai choisi. Le fait de travailler sur un support non approprié montre l’urgence et le fait de devoir s’adapter à l’éloignement de l’atelier et à l’absence de matériel nécessaire à la création.
La symbolique de la maison s’offrait à moi comme une évidence; l’image du confinement .
Les éléments gravés sont «posés » sur la surface cartonnée comme pour être à la fois l’expression de l’extérieur ET de l’intérieur. Comme le tatouage sur la peau est à la fois un éléments visible, que l’on regarde mais aussi un élément personnel et intime .
Les maisons sont présentées sous cloche (voir image , la cloche protège de différentes façons;
-de façon symbolique; la maison et ses occupants, elle isole de l’air ambiant, elle confine doublement ses occupants.
-de façon fonctionnelle; l’objet artistique fragile est protégé, le support étant peu adapté l’encre tient très mal sur le carton, donc on isole l’objet du toucher.
J’aime bien cette double expression de la fragilité, à fois de l’objet et virtuellement de la vie.
Les sujets de gravure n’ont pas été choisis au hasard, ils évoquent symboliquement; la mort, la peur, l’esprit, le sensible, la prière (évacuée de son sens religieux), le vivant, la pensée , l’isolement, etc ….
La série ne comporte que 11 maisons, c’est le nombre de maisons cartonnées à monter, qu’il restait dans l’emballage lorsque je l’ai trouvé. Je n’ai pas cherché et ne chercherais pas à retrouver cet article pour en faire d’autres. La série n’existe que parce qu’elle est attachée dans le temps à une période précise, dont je considère qu’elle a un début et une fin.
mascherpa michele
Texte pour l'exposition No Prohibida! . Galerie N5 Montpellier. 2020
L’idée de travailler sur la sexualité m’a tout de suite séduite .! Je voulais y contribuer d’une façon qui me ressemble le plus … qui ne ressemble pas à ma sexualité , mais qui correspond à l’idée que j’ai de traiter de façon plastique certains sujets !
L’idée des enveloppes est née il y a déjà de cela une vingtaine d’année , depuis je n’en avait plus réalisé. Le thème de No Prohibida , semblait idéal pour ré-exploiter ce concept plastique.!
Chaque enveloppe contient un dessin dont le thème est la sexualité , mais là aussi dès le départ une sexualité «"cachée"» , la lutte , comme mode d’échanges sensuels, me semblait répondre à la notion fantasmée du rapprochement des corps !
L’enveloppe est exposée fermée , car pourquoi irait on exposer au vues de tous une relation physique déguisée.
Chacun pourra découvrir la «"position"» de lutte/kamasutra sur le timbre.
La version avec mon intervention plastique, ne pourra être découverte qu’a l’ouverture de l’enveloppe.!
J’ai créer à la main chaque timbre, (dent par dent au cutter) , afin de pouvoir 1) y apposer les lutteurs 2) pour pouvoir y Apposer mes mots !
Heureusement chaque enveloppe est arrivée à destination ( mais en perdre une au passage ne me/ nous faisait pas peur , il fallait jouer le jeu du secret jusqu’au bout )
Chaque enveloppe a été postée à chaque fois un jeudi , à 11h, de toujours la même boite aux lettres , comme on pourrait imaginer une rencontre amoureuse , ou un rituel complice d’envoi d’une lettre d’amour
La Poste se trouve donc, de fait , être , bien malgré elle , mécéne de mon travail pour cette exposition et je l’ en remercie
michele mascherpa
texte pour l'exposition "camus et moi" . Pole Chabran . Draguignan. Avril 2022
"Quand dire c'est faire" J.L Austin
Par ce besoin prégnant de dire, de te dire , dans un acte quotidien qui résonnerait comme un épisode cathartique, le travail créatif n’est plus simplement illustratif ou descriptif, les mots de l’oeuvre deviennent créateurs d’eux même . Tous est façonné ici comme une conversation à l’autre, elle le fait exister et elle rend visible le sens de chaque chose.
Dire l’amour c’est aimer
C’est cet " esthétique relationnel" qui trouble les limites de celle de celui qui regarde , une relation privilégiée s’établit par l’oeuvre
L’important ce n’est pas ce que l’on lit , ce que l’on voit, c’est ce qui se joue entre deux êtres .
La présence fait écho à l’absence à travers le dessin, avec l’espoir constant de rester en vie .
Les sentiments voyagent dans un univers qui est lisible et visible par tous mais dont l’évidence n’appartient qu’a nous.
"Je sais que je suis lié toi par le lien le plus fort qui est celui de la vie"
Albert Camus à Marias Casares , lettre 102 du 14/12/1949
Michèle Mascherpa
11 pour Trembler - Rencontres d’aubergine/ Festival du Polar
Du 11/11 au 11/12 Fort Philippe Le Bel - Villeneuve les Avignon
Le noir c’est ce que je vois derrière mes paupières lorsque je me tiens les yeux fermés
Le noir c’est l’oubli , c’est être éloignée de tout , c’est le vide, c’est avoir peur de mourir .
Les fleurs et le frémissement des pétales
C’est un souffle sur la peau.
Le corps qui respire à peine et qui tremble.
La fleur et son effacement , l’ espace de vie dans lequel on ne se reconnaît plus , la disparition ….. tout doucement .
Les phrases ( tirées des évangiles )
C’est se rendre compte que croire est souvent bien plus violent que de ne croire en rien .
C’est une menace qu’on vous susurre à l’oreille .
C’est vivre dans la crainte de ce que sera demain
TREMBLER
Michèle Mascherpa
REVUE POESIES PLASTIQUES. Avril 2024. N°11
Le Haïku Book, de la plasticienne Michèle MASCHERPA, se propose de créer une transposition plastique de l’art poétique du Haïku. Elle conçoit ce projet comme un modèle formel, qui repose sur une extrême économie de moyens:
« Un haïku (俳句, haiku) est un poème d'origine japonaise extrêmement bref, célébrant l'évanescence des choses et les sensations qu'elle suscite. Au lieu d’écrire un haïku je vais tenter de le dessiner . Un par page. À travers ce Haïku Book , les dessins ont en commun avec les haïkus écrits l’extrême simplicité de la forme, l’attention toute particulière portée au réel, la perception poussée à l’extrême des fragments d’éveil, de ce que Roland Barthes nommait « des balafres légères traces dans le temps ».
Le dessin se réalise alors sur le mode de la ténuité, combinant des gestes graphiques discrets (traces, dilutions, empâtements, etc.) et une écriture manuscrite, fine et nerveuse, qui s’inscrit sur un papier texturé de fibres végétales. Un peu comme si la chimie du dessin opérait une condensation, ou une précipitation, pour restituer une atmosphère.
Ici, le dessin est pensé comme l’interprétation visuelle d’une expérience spirituelle.
Réduit à sa plus simple expression, l’exercice du dessin devient vision.
C’est ce que Michèle MASCHERPA résume par un « éloge du rien » :
« Éloge de rien C’est une forme d’hyper conscience, qui semble être accompagnée de la plus vive sensation de la non-différence entre soi et le monde extérieur, entre l’esprit et son contenu - les divers sons, les diverses couleurs , les diverses odeurs et autres impressions de l’environnement alentour. Cette « sensation » semble naître d’elle même , elle vient juste lorsqu’on est assis en train d’attendre , de penser sans la moindre intention à l’esprit, y compris l’intention de se débarrasser de tout intention. »
Par exemple, la première double page montre le texte: « je me souviens de/l’odeur de ta chair ».
À l’idée du souvenir (« je me souviens ») est associé, sur la page de gauche, une tache de couleur crème, diluée ou imprégnée dans le papier, parcourue de quelques traces en relief, qui ressemblent à un embossage. La dilution et l’imprégnation de la couleur, quasi transparente, peut évoquer, au choix, l’imprégnation ou l’effacement du souvenir. Tandis que les formes en relief pourraient suggérer l’affleurement des souvenirs, à la surface de la conscience.
Par opposition, sur la page de droite, le texte « l’odeur de ta chair » est associé à une tache de couleur brun, mélangée à du blanc, dont l’empâtement semble matérialiser la densité tactile, l’épaisseur de la chair. La pauvreté apparente des moyens mis en oeuvre, débouche, contre toute attente, sur une grande sensualité. Le dessin qui, à première vue, semble quasi inexistant, offre une palette de sensations diversifiées, héritées de l’expérience de la peinture.
Michèle MASCHERPA nous propose un subtil dessin pictural, qui traduit les émotions du poème.
Il convient d’observer que c’est la présence du texte qui rend possible les associations d’idées poétiques, que nous projetons dans les dessins.
Autrement dit, ce sont les mots qui font naître les images.
Et c’est l’économie de moyens qui nous conduit à focaliser sur la matérialité du support, et la subtilité des gestes graphiques.
Cette sensualité graphique s’accompagne d’une singulière expérience de l’espace.
Les traces graphiques et les mots semblent isolés dans l’espace de chaque page, comme s’ils flottaient dans le vide. Mais ce vide est traversé par le filigrane de fibres végétales, qui forment des lignes multidirectionnelles, comme agitées d’un mouvement ondulatoire. C’est un vide rempli d’énergie. De plus, Michèle MASCHERPA conçoit chaque double page comme un diptyque, où le pli central intervient comme une « césure »:
« LA CÉSURE ». Sur le plan de la construction, tout haïku comporte normalement « une césure ». Cette « césure » est considérée comme une « rupture », elle ouvre un espace, suggère une pause … un vide qui, par la tension qu’il instaure, par les interactions qu’il suscite engendre une « transformation » du regard. Ce qui est séparé entre en résonance. Ici le césure est matérialisée par l’entre deux page .« Dans l’intervalle de vide affleurent les correspondances cachées ». BASHO, l’ Art du Haïku. »
Autrement dit, le dispositif de présentation (vide, division de l’espace) opère une transmutation plastique de la prosodie du Haïku.
Michèle MASCHERPA développe ainsi une étonnante correspondance entre dessin et écriture poétique.
Elle prolonge son questionnement sur le diptyque et de la double page, dans la série des gravures Sans Titre, de 2023-2024.
Dans cette série de gravures, l’artiste associe le texte et l’image, sur des papiers préparés, qui sont coupés en deux –pas forcément par le milieu- et qui sont rassemblés par des morceaux de ruban adhésif.
Michèle MASCHERPA éclaire les raisons de ce dispositif:
« Pour ceux qui demandent pourquoi depuis quelques mois mes feuilles sont coupées en deux et tenues par un scotch orange ou jaune.
En réalité il n’y a jamais de hasard dans mes recherches. Et là c’est juste une forme de représentation métaphorique de la fragilité du lien ( amoureux, amical, familial, etc.). Le scotch est fin et très peu collant, il tient les feuilles entre elles pour ne faire qu’une seule (feuille) tant qu’elles sont maniées avec attention…
Trop brutalement manipulées le scotch ne tiendrait plus les deux parties de la feuille ensemble, côte à côte, ce serait la séparation du sujet dans son entièreté.
Je pense qu’à ce stade de l’explication, il est inutile de vous expliquer le lien avec le réel. » Michèle MASCHERPA.
La section d’une feuille ou d’un pétale de fleur, ou encore la découpe du halo rouge sang d’un coeur palpitant, peut facilement être associé à une blessure affective. L’ offrande amoureuse (le bouquet) coupée, blessée, ou le coeur arraché, sont des symboles aisément décodables.
Cet effet est renforcé par le texte qui prend volontiers un ton mélancolique: « peut-être que je suis née triste », « ne pars pas », etc.
Cependant, la surface de papier, tachée et découpée, est également parcourue de petits signes visuels, qui enrichissent le message d’une dimension polysémique.
Les petits « + » disséminés sur le papier, parfois accompagnés du signe « = », peuvent évoquer, à la fois, une addition (se joindre à quelqu’un d’autre), un excès (« ne pars pas trop loin »), ou le passage du temps (« ne pars pas trop longtemps »). Le temps qui passe est également évoqué par des adverbes de temps: « aujourd’hui », « demain »; par les dates entourées et imprimées à l’envers (2023, 2024). La fuite du temps est aussi suggérée par le traitement du papier, taché, jauni, embossé, et incisé. Par ailleurs, le mot barré (Friday), raturé, ou recouvert de peinture (maintenant), prend alors un sens figuré. Il peut représenter le ratage, l’échec (amoureux, amical, etc.) ou le regret.
Dans ces oeuvres, chaque mot, comme chaque signe visuel, prend un rôle iconique.
Là encore, le texte fait image.
C’est toute la magie de l’Art de Michèle MASCHERPA.
Frederic Chauvreau
Professeur agrégé en arts plastiques
Revue Poésie Plastique N°11
REVUE POESIES PLASTIQUES. Avril 2024. N°12
Dans la série intitulée Ecorché, Michèle MASCHERPA reproduit la coupe anatomique d’une figure de profil, qui subit de multiples interventions graphiques et typographiques.
L’écriture, qui mord sur la figure, ou qui est inscrite de part et d’autre, joue avec l’idée de traversée. En effet, le corps, vu en transparence, semble traversé par les mots.
L’écriture est, littéralement, incorporée.
Cet effet d’incorporation est renforcé par le champ lexical des noms: « coeur », ou des locutions: « à l’intérieur », « en moi », « inside ».
Associées à « coeur », ces locutions prennent une résonance sentimentale. Ainsi, l’intérieur organique rejoint l’intériorité affective, psychologique.
Comme un jeu de vision intérieure qui saurait scanner nos émotions internes, jusqu’à l’intérieur de nos organes.
Cet aspect organique est renforcé par le contraste entre les lignes délicate de l’écorché, et les multiples traces picturales (à l’encre ou la peinture) qui viennent entacher la figure: empreintes, frottis, empâtement, etc ..
Notons que la figure de l’écorché est gravée, reproduite à l’identique, tandis que les interventions picturales semblent faites à la main, et qu’elles changent à chaque gravure. Comme s’il s’agit toujours du même corps, mais altéré, attaqué par de multiples opérations, inscrites dans la durée, au fil du temps.
Et ces opérations renvoient aux sensations suggérées par le texte: douleur (« morsures », « mords moi », « burning »), fuite du temps (« tout se passe(ra) », « je sens le temps passer »), ou désir (« eros »).
Les gravures de Michèle MASCHERPA dessinent alors un corps affectif, un organisme émotionnel.
La série Bleu de Michèle MASCHERPA montre un curieux dialogue entre deux figures, a priori, identiques. Pourtant, sur ces figures identiques, reproduites par embossage, vont s’inscrire toute une série de variations : signes graphiques, passages de couleur, etc.
Notons qu’au départ, un seul est bleu, et que la couleur recouvre progressivement les deux personnages.
Ce recouvrement s’accompagne de divers motifs graphiques qui peuvent évoquer un autre passage du temps, plus atmosphérique, ou météorologique : des lignes ondulées qui évoquent l’eau qui coule, des motifs circulaires, qui font penser à de la neige ou des gouttes d’eau, ou des chiffres alignés verticalement, qui rappellent des gouttes de pluie.
Du coup, la série se met à ressembler à une séquence, un peu comme une bande dessinée, c’est-à-dire une suite d’image qui montre le passage du temps.
Le Bleu, qui donne son titre à la série, suggère, à la fois, la douleur (le bleu des ecchymoses et hématomes) et le flux (le bleu de l’eau qui coule, qui se répand).
Comme une douleur associée au passage du temps.
Ainsi, les textes de la série s’organisent autour de cette tension – ce dialogue – entre la perte: « le reste je te le laisse », « prendre laisser »; la fuite du temps: « est-ce que le temps passe vite pour toi ? », « aujourd’hui, hier, demain »; et le désir: « est-ce que tu penses à moi parfois? », « approche toi je t’en prie »,« je veux sentir ton corps ».
Le temps apparaît aussi à travers l’inscription de chiffres: ligne graduée et numérotée, nombres face à face (deux âges ?) : « 39 » vs « 37 »; « 48 » vs « 47 », ou une date (un repère ?): « deux mille vingt et un ».
Le temps apparaît aussi comme un effacement ou un ratage, qui ne laisse qu’un souvenir.
Par exemple, l’oeuvre où s’inscrit: « hier aujourd’hui demain » est suivie d’une autre où les mots sont barrés, raturés, ne laissant apparaître que: « hier ».
Le temps auquel se réfère ces oeuvres est donc un temps du passé, des souvenirs et d’un désir lancinant (répétition de: « je veux sentir ton corps »).
Dans les oeuvres de Michèle MASCHERPA, une remarquable économie de moyens (figures répétées, biffures, etc.) suffit à suggérer un récit doux amer, au ton un peu mélancolique, empreinte d’une grande poésie.
Frederic Chauvreau
Professeur agrégé en arts plastiques
Revue Poésie Plastique N°12
TEXTES BRAILLE
Dans mes nouveaux travaux je me suis autorisée l’ajout de textes en Braille
Le Braille , ( inventé en 1829 , par Louis Braille ) est un système d’écriture tactile à points saillants à l’usage des personnes aveugles ou fortement malvoyantes.
j’ai très longtemps réfléchi à l’utilisation de ce type d’écriture, car je savais que cela rendrait l’accès aux mots moins facile, et en même temps cela rendrait au travail une forme de « pudeur ».
il me semble aussi que c’est y ajouter une dimension supplémentaire.
Cela demande au spectateur de devoir découvrir un message caché ou du moins d’interagir avec la gravure ou le dessins , de manière différente .
En réalité mon travail est censé résonner dans le cadre de l’intime , le secret n’en est-il pas le prolongement ?
Cela devrait susciter une certaine curiosité et l’exploration offre ainsi une expérience plus profonde et réfléchie, pour ceux qui vont s’immiscer dans ce travail .
J’ai aimé aussi avoir l’impression d’ y ajouter, de fait , une forme de « sensualité plastique » , à travers l’ approche tactile.
Le texte , caché sous l’écriture en Braille , est bien sur écrit au dos de la feuille , invisible lors de la présentation de la pièce dans le cadre d’une exposition par exemple , il reste tout le même accessible à celles et ceux qui ne dispose pas d’un abécédaire Braille
michele mascherpa